Claude Lévi-Strauss

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Claude Lévi-Strauss

Message  Invité le Dim 2 Nov - 21:10

PAROLE DONNÉE A CLAUDE LÉVI-STRAUSS

Il est né le 28 novembre 1908. A l'approche de son centenaire, le rappel de propos tenus en 2005 a sa place dans notre chronique et résume sa pensée. "l'homme est respectable comme être vivant".

"Ce que je constate: ce sont les ravages actuels; c'est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu'elles soient végétales ou animales; et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l'espèce humaine vit sous une sorte de régime d'empoisonnement interne, si je puis dire, et je pense au présent et au monde dans lequel je suis entrain de finir mon existence. Ce n'est pas un monde que j'aime".
Sa vision de l'humanité est pessimiste: "Il n'y a plus rien à faire: la civilisation n'est plus cette fleur fragile qu'on préservait. L'humanité s'installe dans la monoculture; Elle s'apprête à produire la civilisation en masse comme la betterave". Tout cela n'est-il pas plutôt un appel à changer? Un SOS?

CAUSES¸
Il cerne les causes de la situation actuelle: "En isolant l'homme du reste de la création, en définissant trop étroitement les limites qui l'en séparent, l'humanisme occidental hérité de l'Antiquité et de la Renaissance l'a privé d'un glacis protecteur et, l'expérience du dernier et du présent siècle le prouve, l'a exposé sans défense à des assauts formentés dans la place forte elle-même."
"Il a permis que soient rejetées, hors des frontières arbitrairement tracées, des fractions chaque fois plus prochaines d'une humanité à laquelle on pouvait d'autant plus facilement refuser la même dignité qu'au reste, qu'on avait oublié que si l'homme est respectable, c'est d'abord comme être vivant plutôt que comme seigneur et maître de la création: première reconnaissance qui l'eût contraint à faire preuve de respect envers tous les êtres vivants" (Allocution de Claude Lévi-Strauss à l'UNESCO en 1971.

"On a commencé par couper l'homme de la nature, et par le constituer en règene souverain; on a cru ainsi effacer son caractère le plus irrécusable, à savoir qu'il est d'abord un être vivant. Et, en restant aveugle à cette propriété commune, on a donné champ libre à tous les abus.
Jamais mieux qu'au terme des quatre derniers siècles de son histoire, l'homme occidental ne put-il comprendre qu'en s'arrogeant le droit de séparer radicalement l'humanité de l'animalité, en accordant à l'une tout ce qu'il retirait à l'autre, il ouvrait une cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d'autres hommes, et à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes, le privilège d'un humanisme corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l'amour-propre son principe et sa notion" (Anthropologie structurale - 1968)

LA VOIE À SUIVRE
Claude Lévi-Strauss nous rappelle que si nous ne faisons rien pour changer les choses, nous courons à notre perte. Mais il indique la voie pour l'humanité:
"Le respect que nous souhaitons obtenir de l'homme envers ses pareils n'est qu'un cas particulier du respect qu'il devrait ressentir pour toutes les formes de la vie"
"Un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l'homme, le respect des autres êtres avant l'amour-propre" écrit-il dans L'Origine des manières de table.

(Extrait tiré de la chronique d'Hubert Reeves du Journal de Montréal concernant l'Environnement.

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